5 jours plus tard, 17000 kilomètres plus loin. Nous voici à Dumont d'Urville... Comment est-ce possible me direz vous ? Moi qui vous ai habitués à de long trajets, plein de rebondissements, en compagnie de notre cher et non moins mythique Astrolabe. Notre bateau serait-il devenu un brise-glace nucléaire ?

Arrêtons là le mystère... Cette année, nous avons changé de stratégie. L'Astro n'a pas repris son service à R0. Il prolonge les vacances. Quand à nous, nous n'avons pas pris la mer. Nous avons abandonné le chemin des manchots, pour emprunter, cette fois, la voie des skuas.

Partis de Paris le 26 octobre, nous sommes arrivés le 28 à Christchurch en Nouvelle Zélande. Le lendemain matin, nous avions rendez-vous à l'aéroport, avec comme consigne de porter nos tenues polaires. Nous étions là à l'heure dite, en tenue adéquate, en compagnie d'une petite dizaine d'Italiens en veste rouge et d'une vingtaine de Coréens en combinaison quasi intégrale. Après la pesée des sacs et de nous même en tenue, nous avions notre carte d'embarquement... Un C-130 Hercules n'attendait plus que nous.

                                                                        

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                                                                              C-130 Hercules

Un bus nous dépose alors devant l'engin plus que gigantesque. Je monte à bord. Trois hublots par côtés, colonisés par les premiers arrivés. Mince les meilleures places sont prises. Je m'installe vers le fond, juste avant la palette de matériel sanglée à l'arrière. Le plafond est haut, et l'on peut voir une multitude de câbles électriques, câbles de commande de vols, courir sur le plafond. Une vraie usine là dedans. L'avion met en route ses 4 moteurs, j'enfile la paire de boule Quiès qu'on nous a distribuée. Je ne vois pas dehors, mais je sais où l'on va. Quand nous quittons le sol, j'ai le sourire jusqu'aux oreilles. Sept heures plus tard, nous atterrissons sur la plus longue piste qui m'ait été permise de voir jusque là, la banquise à perte de vue. Nous étions à Terra Nova bay, sur la station italienne Mario Zucchelli.

Pas de temps pour le tourisme. Les Italiens nous demandent de reconnaître nos bagages. Nous les chargeons à l'arrière d'un camion et nous voilà partis dans le véhicule sur une route qui relève de l'imaginaire. Nous descendons quelques minutes plus tard et nous voilà devant un autre avion qui nous attend, fièrement dressé sur la glace. Je le comprends. C'est vrai qu'il est beau le Basler...

 

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                                                                                  Basler

On nous accorde 5 minutes afin de nous rendre aux toilettes avant les 5 prochaines heures de vol. Oui j'ai omis de vous préciser que les toilettes du C-130 étaient plutôt sommaires : un bac plastique derrière un grand rideau gris, à l'avant de l'avion. Super, tout le monde est au courant que vous allez pisser... bref. Ces toilettes n'ayant à priori inspiré personne, tout le monde se rend sur la base. Le paysage ici est bien différent de celui de Dumont d'Urville. Les environs de Terra Nova bay sont montagneux.

Après notre minute d'arrêt, nous ré-embarquons entre Français. Nous abandonnons les Italiens chez eux. Quand aux Coréens, ils se rendent sur leur base, non loin de là, en hélicoptère.

Cette fois, j'ai un hublot. Je ne me laisserai pas avoir une seconde fois. Quand nous décollons, je vois des femelles de phoques de Weddell alignées le long d'une faille sur la banquise. Leur petit de l'année à leur côté et des taches de sang indiquent que les mises bas sont récentes. Une fois que nous avons pris de la hauteur je me rends compte à quel point le paysage est splendide. Vraiment.

Mais très vite les hublots se couvrent de givre. C'était bien la peine de se grouiller pour en  avoir un... Puis les 5 heures de vol commencent à s'écouler. Je gratte la fenêtre pour tenter de voir quelque chose. Dehors tout est blanc. Est-ce le givre de mon hublot ? Non, c'est l'immensité de la calotte antarctique sous les ailes du Basler qui me semble bien petit à présent...

 

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                                                                       Vue sur la calotte de glace

Puis nous entamons la descente, et là, plus de doute, je connais. Je connais par coeur ce que je vois. Le glacier de l'Astrolabe, l'île du Taureau, Fram, Ifo et Hélène, puis Cap Prudhomme. On y est. A 5 Kilomètre de là DUMONT D'URVILLE. Ce nom me fait toujours autant rêver que la première fois...